L’artiste du mois

Niele Toroni

« Si je dois caractériser Niele Toroni, c’est sans hésiter sa fidélité qui me vient immédiatement à l’esprit. Fidèle en amitié car je partage son aventure artistique et son côté épicurien depuis plus de trente ans, fidèle dans son œuvre car je ne connais pas d’autres artistes qui ont suivi comme lui le même chemin sans jamais se détourner du but. […] Ses empreintes sont devenues les blasons dont on paraît les armures des chevaliers pour qu’ils soient reconnaissables dans les batailles. A elles seules, elles signent un geste, un acte et identifient l’auteur. »

Empreintes de pinceau n.50 répétées à intervalles réguliers

« En 1967, avec Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier, il participa à l’aventure collective du BMPT en exposant pour la première fois ses fameuses «Empreintes de pinceau n.50 répétées à intervalles réguliers (30 cm)». Avec le recul, on se rend compte que le discours de ce groupe était rude : il dénonçait en effet l’art comme simple objet de consommation et refusait toute forme décorative de la création. BMPT proposait un degré zéro de la peinture tout comme le père de la sémiologie contemporaine imposait un Degré zéro de l’écriture. »

Empreintes de pinceau n.50 répétées à intervalles réguliers // Peinture Glycéro sur toile tendue sur châssis

« En France, BMPT préfigurait la violence qui allait se généraliser avec les étudiants en 68. Un peu comme l’avait écrit Nietzsche dans « Le Crépuscule des dieux » en prédisant la fin nihiliste de l’art, Toroni et ses compères mettaient à mort ce qui subsistait de la création. Mais alors que les détracteurs de l’époque croyaient que ces artistes voulaient uniquement faire table rase et mettre un coup d’arrêt à toute tentative artistique, ils proposaient surtout par ce geste un « toilettage du regard » obligatoire pour imaginer une nouvelle genèse de l’art. »

Empreintes de pinceau n.50 répétées à intervalles réguliers // Peinture Glycéro sur toile cirée libre

«Parfois, aujourd’hui encore, je ne sais pas vraiment si le public et les critiques comprennent bien le rôle de ce peintre dans le champ artistique contemporain. Aux historiens de l’art de nous éclairer sur cette œuvre inébranlable : car alors que dans ces années 60 si décisives pour la création, d’autres artistes qui s’étaient fait connaître à coup de manifestes et de discours de plus en plus absolus se sont depuis longtemps essoufflés, détournés de leur chemin, ou produisant des œuvres académiques et commerciales, Niele prouve que ce qui fait la force d’un artiste, c’est l’obstination qui permet d’affirmer son œuvre dans la durée et le temps.»

Citations d’Yvon Lambert – «Yokohama Museum of Art»