La vie secrète des plantes

Anselm Kiefer, La Vie secrète des plantes
Une exposition du 40e anniversaire du Centre Pompidou
Accompagnée d’œuvres de Joseph Beuys,
Lothar Baumgarten et Wolfgang Laib

6 juillet – 5 novembre 2017

Le Centre Pompidou fête ses 40 ans en 2017 partout en France. Pour partager cette célébration avec les plus larges publics, il propose un programme inédit d’expositions, de prêts exceptionnels, de manifestations et d’événements pendant toute l’année. Expositions, spectacles, concerts, conférences et rencontres sont présentés dans quarante villes françaises, en partenariat avec un musée, un centre d’art contemporain, une scène de spectacle, un festival, un acteur du tissu culturel et artistique français… Au croisement des disciplines, à l’image du Centre Pompidou, ces projets témoignent de son engagement depuis sa création aux côtés des institutions culturelles en région, acteurs essentiels de la diffusion et de la valorisation de l’art de notre temps.

Pour célébrer le 40e anniversaire du Centre Pompidou, Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, nous a généreusement proposé de choisir une œuvre emblématique des collections du Centre Pompidou. Notre choix s’est rapidement porté sur Anselm Kiefer avec un ensemble rarement présenté en raison de son format et de sa fragilité. « La Vie secrète des plantes » est un cycle monumental de dix peintures que l’artiste a réalisé en 2001-2002 dans une période de créativité intense liée à son installation à Barjac en 1993, après avoir quitté son Allemagne natale et ses gigantesques ateliers de Buchen dans le Bade-Wurtemberg.

« La Vie secrète des plantes » a été présentée pour la première fois à la galerie parisienne d’Yvon Lambert qui a offert sa part de marchand pour rendre possible l’acquisition qui allait marquer le centième anniversaire des Amis du Musée national d’art moderne en 2003. Pour la Collection Lambert et son public, l’occasion était trop belle de demander que cet ensemble soit exposé à Avignon, non loin de son lieu de création dans le Gard.

Trois autres grands noms de l’art allemand ont été associés à cette exposition exceptionnelle. Chacun à sa manière synthétise la fin de la Seconde guerre mondiale et la construction de l’Europe. Joseph Beuys (1921-1986) symbolise tout le drame du milieu du XXe siècle. Étudiant en art, il est enrôlé très jeune en tant que pilote de l’armée allemande, la Luftwaffe. En 1944, son avion se crashe en Crimée. Donné pour mort et soigné par des nomades tartares, il va transformer sa guérison miraculeuse en une « mythologie individuelle ». Cette parabole toute personnelle et romanesque va illustrer la renaissance d’une culture germanique débarrassée des fantômes du nazisme, tel le symbole fort d’une Allemagne à la recherche de nouveaux repères esthétiques.

Professeur à l’Académie de Düsseldorf dès 1959, artiste à la carrière internationale fulgurante au début des années soixante-dix, Joseph Beuys applique ses théories articulées autour d’un art total inédit en Europe. Mêlant l’art à la vie, l’action esthétique au geste politique, Beuys devient l’un des pères fondateurs des Grünen, le parti des Verts qui fera une entrée remarquée au Parlement allemand en 1979. Les œuvres présentées effacent les frontières entre l’art et la société. Anselm Kiefer, né deux mois avant la fin de la guerre sur les cendres d’une Allemagne dévastée, a construit son œuvre protéiforme en faisant siens les grands mythes germaniques jusqu’à son installation à Barjac où il développe une relation fusionnelle et littéraire avec la nature, le paysage et le cosmos : « L’Histoire pour moi est un matériau comme le paysage ou la couleur ».

Les grandes œuvres en plomb exposées dans les salles proviennent de morceaux de la toiture de la cathédrale de Cologne bombardée par les Alliés en 1944 et prouvent l’importance de donner vie à l’art sur les ruines du passé. Les Filles du Rhin de Richard Wagner, le lys de l’Annonciation et le serpent qui ondoie à travers un paysage de la Genèse en sont quelques beaux exemples collectionnés par Yvon Lambert.

Anselm Kiefer qui a également fréquenté l’Académie de Düsseldorf a suivi les fameux cours de Joseph Beuys, tout comme son contemporain Lothar Baumgarten considéré comme le dernier disciple du Maître.

À sa manière très poétique, Baumgarten, né en 1944, a mené la quête d’une écologie dans un monde vierge qui l’a conduit sur les rives des Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss. Dès 1977, Lothar Baumgarten séjourne régulièrement en Amazonie, fuyant à sa manière la culpabilité d’une Allemagne coupée par le « Mur de la honte » qui a séparé un bloc à l’Est et un bloc à l’Ouest de 1961 à 1989. Loin du Vieux continent, l’élève de Beuys réinvente chaque jour un langage plastique issu d’une culture envoûtante mais vouée à disparaître, au cœur d’une déforestation inexorable faite de mots, de noms d’insectes, d’oiseaux ou de végétaux en voie d’extinction.

Enfin, Wolfgang Laib, né en 1950, poursuit cette quête d’un dialogue fusionnel avec Dame Nature. Il fait siens des matériaux aussi esthétiques que symboliques : le lait maternel et immaculé, le pollen dont le miel et la cire ont bercé des mythes grecs et des contes indiens, le riz, graine nourricière presque translucide qui conserve le mystère ancestral de la vie secrète des plantes.

Wolfgang Laib peut paraître aussi minimal qu’Anselm Kiefer peut sembler baroque mais ici, le temps d’une exposition et à travers les salles lumineuses du musée, toutes ces œuvres se répondent à travers un dialogue raffiné où l’Europe avec l’Allemagne réunifiée et l’écologie, devenu l’enjeu climatique de demain, sont toutes deux au cœur d’un art autant ancestral que visionnaire.