Douglas Gordon

Où se trouvent les clefs ?

6 juillet – 2 novembre 2008

@ Martinez

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Après la flamboyante, radieuse et solaire exposition de l’été dernier offerte par Cy Twombly à Avignon, au titre jubilatoire « Blomming, a Scattering of Blossom and other Things », (Éclosion, Une envolée de pétales et d’autres choses), l’été 2008 est consacré à l’artiste écossais Douglas Gordon qui, en contrepoint à cette félicité digne de Matisse, propose une exposition lunaire, sombre, d’une mélancolie toute saturnienne. Dans les couloirs et les escaliers, planent les fantômes du docteur Charcot et ses cobayes féminins utilisés pour son étude sur l’hystérie, les rôdeurs des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, la tête d’un condamné à mort fraîchement guillotiné qui dialogue quelques secondes encore avec le médecin légiste, l’invention hybride de Frankenstein par Mary Shelley, ou encore l’emblématique Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, beau et tragique comme le Faust de Goethe, ultime miroir déformant de Douglas Gordon.

Les premières citations historiques autour des cabinets de curiosités posent le principe de l’exposition : comme le pensaient dès l’antiquité Lucrèce avec De Natura Rerum, puis Aristote, Saint Augustin, Montaigne ou Pascal, jusqu’à Alexandre Koyré et son magistral ouvrage Du monde clos à l’univers infini, le corps humain est dans cette exposition inédite pensé comme un tout à l’image du globe terrestre. Douglas Gordon a décidé de proposer le musée comme la métaphore de cette totalité cosmique où chaque salle est pensée selon des parties corporelles, des organes internes, palpitants, générateurs de vie ou libérateurs d’humeurs, comme on l’entendait à l’époque médiévale. Le cerveau, celui des rêves de l’artiste avec tous ses secrets, ses strates de la mémoire, ou de la connaissance, puis aussi le cœur, le sexe, un bras, la nuque, des doigts, un front, des crânes, ses entrailles, les veines, des gouttes de sang deviennent des arborescences ou des lignes directrices parcourant tout le musée, encore plus labyrinthique que d’accoutumée.

Cette présentation de l’exposition peut paraître très elliptique et abstraite. Mais pour ceux qui connaissent déjà parfaitement l’œuvre protéiforme de Douglas Gordon et ceux qui vont la découvrir, cette dimension allie l’image universaliste d’un ancien cabinet de curiosité à une leçon d’anatomie grandeur nature où, comme Léonard de Vinci, l’artiste tente de pénétrer au plus profond de l’être, donnant lieu à un voyage unique et pénétrant pour chacun d’entre nous.

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