Ann Veronica Janssens

entre le crépuscule et le ciel

2 juillet – 9 octobre 2022

Ann Veronica Janssens, Untitled (White Glitter), 2016 , `Courtesy White Cube London © Ben Wetsoby

Ann Veronica Janssens, Magic Mirrors (Pink 2 Blue), 2013-2017, Courtesy White Cube London © Ben Wetsoby

Ann Veronica Janssens, Sunset B CL2E354 CL2 (détail), 2020, Courtesy Esther Schipper © Andrea Rossetti

Ann Veronica Janssens, IPE 650, 2009-2007 Museum De pont, Tilburg ©Peter Cox

Ann Veronica Jansens, Kinshasa #2, 2012, Louisiana Museum of Modern Art © Kim Hansem

entre le crépuscule et le ciel, Collection Lambert, du 2 juillet au 9 octobre

“Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ?”

René Char

Au printemps et à l’été 2022, l’artiste belge Ann Veronica Janssens est invitée pour un double projet d’exposition à la Collection Lambert (Avignon) et à la Fondation CAB (Saint-Paul-de-Vence). À Avignon, l’artiste investit le premier étage de l’hôtel de Montfaucon pour y créer une exposition en forme d’installation, répondant à la présence inédite d’une sélection d’œuvres de Dan Flavin dans les salles du rez-de-chaussée. À Saint-Paul-de-Vence, à l’autre extrémité de la Provence, elle invente une situation où son œuvre se déploie en miroir du projet avignonnais et en résonance avec l’histoire des lieux qui l’accueillent. 

Le projet a été pensé entre la France et la Belgique, au cours de longues discussions menées lors de déplacements effectués sur les routes du sud de la France, d’un bout à l’autre de la Provence, le long de paysages affectés par les variations climatiques. La lumière était là — mouvante, dans son entêtante présence — qui influençait l’expérience des espaces envisagés pour les expositions et le chemin qui les reliait.  

C’est tout naturellement que le titre du projet s’est invité à travers cet ouvrage à la poésie si singulière qu’est La Postérité du soleil, né de la rencontre entre René Char, Albert Camus et Henriette Grindat sur les routes du Luberon, non loin de la cité papale. La présence de la lumière à travers les photographies et les textes, ce qu’elle fait aux territoires, aux objets et aux êtres dont elle révèle l’existence, allait constituer le point de départ du voyage sensible initié en compagnie de l’artiste et de ses œuvres dans les salles de la Collection Lambert puis de la Fondation CAB. 

Au premier étage de l’hôtel de Montfaucon, Ann Veronica Janssens a choisi de découvrir la totalité des vingt-six fenêtres qui rythment le parcours du visiteur, de sorte que la lumière traverse l’espace de part en part. À travers une série de sculptures, installations et peintures au sol dans lesquelles la lumière s’éprouve sous différents états — réfléchie, absorbée, capturée, transformée — de situations où nos corps et nos esprits affectés naviguent en permanence entre contemplation et immersion, Ann Veronica Janssens nous invite à une expérience où la tension entre dissolution et résolution se réinvente indéfiniment, à nos côtés et avec nous. « Son déploiement de la lumière comme outil, matière, science et symbole de l’espace que nous partageons nous sort de notre rapport routinier avec celui-ci » pour reprendre les mots de Mieke Bal, et invente la possibilité de relations inédites, perpétuellement renouvelées. 

5766 chemin des Trious, Fondation CAB, Saint-Paul-de-Vence, du 6 avril au 11 septembre

En intitulant le projet Saint-Paulois 5766 chemin des Trious — l’adresse exacte du lieu d’exposition — Ann Veronica Janssens s’inscrit avec jubilation dans la lignée de certains des artistes emblématiques des nouvelles avant-gardes des années 1960-1970 dont la Fondation CAB conserve d’importants témoignages. Donner comme titre à l’exposition la localisation même de son activation, de la rencontre et de l’expérience sensible à venir, c’est convoquer les souvenirs des actions ou des sculptures de Stanley Brouwn (notamment les portraits qu’il réalise à partir d’une tige de métal de la taille exacte du modèle représenté), les Date Paintings et autres Locations d’On Kawara où le seul énoncé de coordonnées géographiques nous invite à visualiser mentalement un site déterminé, ou encore la matérialité brute des installations lumineuses de Dan Flavin, dont le célèbre mantra « It is what it is », rappelle l’œuvre à l’exacte réalité de sa présence à nos côtés dans les espaces qu’elle occupe. 

Au-delà, l’artiste semble annoncer dès le titre de l’exposition l’idée même qui préside à toute présentation monographique de ses œuvres, selon laquelle chaque intervention est indubitablement située dans un espace-temps déterminé. Derrière la simplicité des mots 5766 chemin des Trious, se cachent non seulement une adresse de rendez-vous, mais aussi la promesse d’une expérience inédite de l’art, d’une rencontre dont nous imaginons les contours dès le voyage entrepris pour se rendre à la destination mentionnée. 

Commissaire des expositions : Stéphane Ibars