Welcome Back : Gordon Matta-Clark

En partenariat avec SensoProjekt / Projection

Yuki Okumura, Welcome Back, Gordon Matta-Clark, HD video, 48 min., courtesy of the artist and MISAKO & ROSEN, Tokyo, 2017

Yuki Okumura, Welcome Back, Gordon Matta-Clark, HD video, 48 min., courtesy of the artist and MISAKO & ROSEN, Tokyo, 2017

02 avril 2020

INTERVENANT : YUKI OKUMURA (artiste japonais, réalisateur du film) et ISABELLE DE VISSCHER-LEMAÎTRE (historienne de l’art et critique)

Welcome Back : Gordon Matta-Clark, de Yuki Okumura, Mikao & Rosen Gallery, MuKHA, anglais, VOSTF, 48 min., Belgique, 2017 – Sous-titrage français produit par SensoProjekt.

« Welcome Back : Gordon Matta-Clark » est un film réalisé par l’artiste japonais Yuki Okumura, qui relève à la fois d’une enquête portant sur l’histoire de l’art et des musées, et d’une investigation autobiographique. Presque comme dans un thriller, l’artiste s’aventure dans un interrogatoire à l’issue duquel surgira l’intrigue d’une possible réincarnation. Mais d’abord, le film retrace et intègre la mémoire de l’artiste états-unien Gordon Matta-Clark (1943-1878) lors de sa rencontre avec Flor Bex qui était à l’époque, directeur de l’ICC – International Cultural Center – à Anvers (B) et qui avait à ce titre invité Matta-Clark en 1977 à réaliser une œuvre majeure dans cette ville. Il relate donc le voyage de l’artiste allant de Paris où il a une exposition à la Galerie Yvon Lambert, à Kassel puis à Anvers. Le film raconte ensuite l’élaboration de « Office Baroque », l’œuvre urbaine « anarchitecturale » que Matta-Clark réalise en intervenant sur un ancien immeuble désaffecté à Anvers, dans le sillage de ce qu’il avait créé à Paris sur le site du futur Centre Pompidou (« Conical Intersect », 1975). Il conte la malencontreuse destruction de cette pièce peu de temps après la mort prématurée de l’artiste  – d’un cancer fulgurant et ce, deux ans à peine après le suicide de son frère jumeau John Sebastian. C’est à John Sebastian qu’est dédié « Descending the Steps for Batan » où Matta-Clark creuse un trou profond dans le sol de la galerie Yvon Lambert en avril 1977 – et dont la Collection Lambert conserve les archives.

Ce film d’artiste réussit par un travail d’approche et de complicités nouées, de dialogues intimes autant qu’absurdes, par jeu de caméra flottante et d’alternance entre le net, le flou et le trou noir, à susciter une sorte de double réincarnation : celle d’Office Baroque en MuHKA (Museum voor Hedendaagse Kunst van Antwerpen), ce musée d’art contemporain qui à l’initiative de Flor Bex et de nombreux amis sortira de terre en 1982, comme un des effets de la démolition de l’œuvre urbaine aussi qualifiée « d’amonumentale », et celle de Gordon Matta-Clark en Yuki Okumura, sachant que l’artiste japonais perd également un frère qui s’est donné la mort. Doit-on conclure à une identification, un transfert, une projection ? L’énergie qui se déploie dans le film donne plutôt à penser au réveil par Yuki Okumura d’une âme ou d’un fantôme qui conduit à la survivance d’une ombre ou d’un esprit se dégageant de liens d’amitié et de fraternité comme d’occurrences quasi miraculeuses qui finissent par transcender la vie et la mort.

En présence de Yuki Okumura (1978), artiste japonais vivant entre Bruxelles, Maastricht et Tokyo, qui a suivi une importante formation en art d’abord à la Tama Art University puis à la Tokyo National University of Fine Arts and Music. Très tôt, il s’intéresse à l’auto-portrait, questionne qui est l’auteur.e de l’œuvre, pas tant pour multiplier les images de lui-même (au contraire) ou décliner les citations (reconnues ou déniées) que pour « acter » le simple fait que l’on peut devenir quelqu’un d’autre. Au Musée d’art contemporain de Tokyo, est accrochée une œuvre amblématique de Okumura, intitulée « Anatomy Fiction » et qui propose à des enfants de 4 à 7 ans de dessiner leur propre anatomie – dont ils n’ont aucune connaissance – allant ainsi de l’invisible au visible réel ou fantasmé quant à soi. Okumura a été reçu comme « artiste en résidence au Wiels (Bruxelles) en 2012-2013. Il est représenté par la galerie Misako & Rosen – présente à la foire Art-O-Rama en 2019. En associant les paroles aux actes, l’œuvre essentiellement performative et filmique d’Okumura explore la réalité paranormale entre un sujet et un autre, et les alternances que provoque la communication interpersonnelle. La discussion sera animée par Isabelle de Visscher-Lemaître.

Renseignements

Tarif des Jeudis : 5 €
Tarif réduit : 2 € (Amis, abonnés, demandeurs d’emploi, enseignants)
Gratuit pour les étudiants

Réservation
reservation@collectionlambert.com
Dans la limite des places disponibles